À l’heure où les jeunes entrent sur le marché du travail dans un monde professionnel en mutation rapide, la question des compétences devient centrale. De ce fait, à cela, il faudrait réfléchir sur une double entrée « compétences et santé des jeunes au travail »
Lorsqu’on parle d’ »employabilité », de « savoir-être » ou d’ »adaptabilité », il importe doncen parallèle de tenir le lien entre compétences, activité réelle, et santé au travail.
L’ergonomie de l’activité permet d’éclairer cette relation de façon fine et utile pour penser l’avenir du travail ( https://bdergonomie.com/conseil-en-ergonomie-optimisez-la-sante-au-service-du-travail/ ).
Compétences : de quoi parle-t-on vraiment ?
Traditionnellement, les compétences sont définies comme un ensemble de savoirs, savoir-faire et savoir-être mobilisés dans une situation donnée. Toutefois, cette définition reste souvent figée. Elle est ainsi centrée sur l’individu et découplée du travail réel. Or, les compétences ne se limitent pas à ce qui est appris à l’école ou inscrit sur un CV.
En effet, de mon point de vue d’ergonome de l’activité, les compétences se révèlent et se construisent dans l’action, au contact des situations concrètes. Ainsi, elles sont contextuelles, dynamiques, et profondément liées aux conditions de réalisation du travail ( https://bdergonomie.com/formation-les-modules-de-formation/ ).
Quand le manque de reconnaissance crée du risque
Les jeunes en emploi sont souvent confrontés à des environnements normés où le travail prescrit prime. Il s’agit alors de procédures strictes, d’attentes de performance élevées. Pourtant, ils doivent sans cesse s’adapter, improviser, apprendre « sur le tas ». Cette phase d’ajustement est centrale dans l’entrée dans la vie professionnelle, mais elle est rarement accompagnée, ni reconnue.
Pour les jeunes, du stress en résulte. Un sentiment d’incompétence ou d’isolement peuvent compléter le tableau. De même, des surexpositions aux facteurs de risques physiques – chimiques et psychosociaux, voire des accidents aggravent le contexte de mise au travail.
L’absence de dialogue sur l’activité réelle, sur les difficultés rencontrées, sur les astuces inventées, empêche une construction saine des compétences. Or, ces régulations silencieuses conditionnent la santé au travail en pouvant faire face, en comprenant ce qui bloque, en ajustant sans s’épuiser ( https://shs.cairn.info/ergonomie-constructive–9782130607489-page-237?lang=fr / https://shs.cairn.info/revue-le-travail-humain-2014-2-page-127?lang=fr ).
Compétences et santé : deux faces d’une même pièce
Ainsi, les compétences ne sont pas simplement ce que l’on « possède ». Elles sont également ce qu’on est capable de mobiliser dans un environnement donné. L’environnement de travail doit donc offrir :
- des marges de manœuvre ;
- un cadre soutenant l’apprentissage ;
- et un espace de discussion sur le travail réel ( https://www.anact.fr/sites/default/files/2023-12/19470425.PDF ).
Quand ces éléments sont réunis, les jeunes peuvent développer leurs compétences sans se mettre en danger, apprendre sans se brûler, et s’engager sans se fragiliser. C’est dans cette dynamique que se joue l’articulation entre compétence et santé.
Construire des environnements soutenants
À l’inverse d’un modèle où l’on exige « d’être compétent immédiatement », il faut promouvoir du temps pour échanger, et une culture du travail qui valorise le développement progressif des compétences en lien avec l’activité réelle (Pages 382-390 : https://ergonomie-self.org/wp-content/uploads/2021/01/SELF-2020-actes.pdf )
En définitive, penser les compétences des jeunes en lien avec la santé au travail, c’est reconnaître que former, ce n’est pas seulement « transmettre », mais aussi permettre de se construire dans le travail, sans que cela se fasse au détriment de soi.
Cet article est issu de la rubrique : « Ergonomie en action »
#ErgonomieEnAction #MétiersEtErgonomie #TerrainEtTravail
Sources inspirantes
- Carré, P. Caspar, P. (2017). Traité des sciences et des techniques de la formation. (sous la direction). Dunod
- Leplat, J. De Montmollin, M. (2010). Les compétences en ergonomie. Octarès (textes choisis)
- Rabardel, P. (1995). Les hommes et les technologies : Approche cognitive des instruments contemporains. Armand Colin.
- Samurçay, R. Pastré, P. (2010). Recherches en didactique professionnelle. (sous la direction). Octarès
- Santelmann, P. (2023). Apprentissage, emploi des jeunes et rapport au travail. Education Permanente. 2023/1 – N°234-235
- Teiger, C. Lacomblez, M. (1997). (Se) former, pour transformer le travail. Dynamiques de construction d’une analyse critique du travail. (coordination). PUL
Benoît Dahéron
Ergonome et Formateur
Spécialiste en prévention des risques professionnels et organisation du travail
TMS – RPS – QVCT – Usages
Vieillissement et transmission des savoir-faire
Vendée | Loire-Atlantique | Maine et Loire | Mayenne | Sarthe
Deux-Sèvres | Vienne | Charente Maritime | Charente | Indre et Loire | Morbihan | Ille et Vilaine | Côte d’Armor | Finistère
