« Pour un travail à la hauteur des femmes » fait écho à une intervention en formation auprès d’ingénieurs pour la conception d’un véhicule de livraison. Un ingénieur en devenir tenait le propos que les femmes étaient plus fragiles, moins « techniques », moins fortes … Or …
Un enjeu trop souvent méconnu
La santé des femmes au travail est un sujet encore trop peu pris en compte. Or, leurs conditions professionnelles comportent des spécificités qui influencent directement leur bien-être ( https://www.anact.fr/sites/default/files/2025-05/la-note-cadrage-aap-fact-sante%CC%81-travail-femmes.pdf ). Que ce soit dans les secteurs majoritairement féminins comme la santé, l’éducation ou le commerce, ou dans des environnements mixtes, les femmes sont exposées à des risques différents de ceux des hommes. En effet, ces risques sont liés à la fois aux contraintes physiques, aux exigences organisationnelles, mais aussi aux facteurs psychosociaux et discriminations. Pourtant, ces particularités restent souvent invisibles dans les évaluations classiques des risques professionnels.
Travail prescrit vs travail réel : une source d’inégalités
Les organisations formalisent les tâches à accomplir via des procédures, des normes et des objectifs. Or, ce travail prescrit ( https://bdergonomie.com/actualites/bdergonomie-travail-reel-ou-travail-prescrit/ ) diffère fréquemment du travail réel. C’est également le cas pour le travail que les femmes effectuent au quotidien. Cette divergence est souvent aggravée par le fait que les équipements, les postes et les processus ne sont pas conçus en tenant compte des différences corporelles. Ni les rythmes de travail, ni les contraintes spécifiques ne sont prises en compte. L’écart entre ce qui est demandé et ce qui est faisable engendre fatigue, stress, et peut exacerber les troubles musculo-squelettiques (TMS).
Contraintes physiques et psychosociales spécifiques aux femmes ( https://www.anact.fr/egalite-professionnelle )
Au-delà des contraintes physiques, les femmes subissent souvent une double pression liée à leur rôle social, combinant responsabilités professionnelles et familiales. Cette double charge génère un stress important, des risques accrus d’épuisement et un impact sur la santé mentale ( https://bdergonomie.com/actualites/developper-des-ressources-pour-agir-contre-les-rps-offre-de-formation/ ). De plus, les femmes font face à des discriminations, à des attentes genrées dans leurs postes. De même, parfois les femmes sont exposées à des situations de harcèlement. Tout cela renforce la nécessité d’une approche différenciée en santé au travail.
L’ergonomie de l’activité : un levier pour révéler les risques invisibles
L’ergonomie de l’activité, par l’observation directe du travail réel, met en lumière ces situations de travail complexes. En effet, elle révèle les adaptations. De même, elle met e, lumière les stratégies de contournement et arbitrages que les femmes mobilisent pour accomplir leurs tâches malgré les contraintes. Or, ces éléments sont invisibles dans les approches standards mais ils sont cruciaux pour comprendre les risques et développer des solutions adaptées. Développer des solutions adaptées, c’est ainsi tenir compte du vécu et de la subjectivité des femmes au travail.
Reconnaître et valoriser le travail réel des femmes
Prendre en compte le travail réel des femmes passe par une démarche participative. Il est alors question d’associer les salariés-es aux diagnostics et à la co-construction des améliorations. Cette reconnaissance renforce le pouvoir d’agir des femmes, améliore leurs conditions de travail et favorise leur engagement. Elle permet aussi de concevoir des postes, des outils et des organisations plus inclusifs, respectant les diversités. Améliorer le quotidien des femmes au travail, c’est aussi améliorer le quotidien des hommes. En effet, ils peuvent également bénéficier des aménagements.
Vers une prévention participative et durable
La santé au travail des femmes ne peut se réduire à des mesures standardisées. Une démarche ergonomique intégrée et respectueuse des spécificités de l’activité réelle ouvre la voie à une prévention plus juste, qui intègre à la fois les dimensions physiques, psychosociales et organisationnelles. Ainsi, en agissant sur le terrain et en valorisant les savoirs des femmes, cette approche contribue à construire un environnement professionnel plus sain, plus équitable et durable.
Cet article est issu de la rubrique : « Ergonomie en action »
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Sources inspirantes
- Falzon, P. (2004). Ergonomie (sous la direction), PUF
- Clot, Y (2008). Le travail à cœur. Pour en finir avec les risques psychosociaux, La Découverte
- Gaudard, C. (2010). Le travail, le corps et le genre : perspectives ergonomiques. Genre, travail et organisation – L’Harmattan, 2010.
- Caroly, S. (2009). Les conditions de travail et la santé selon le genre et le sexe. Mouvement-info
Benoît Dahéron
Ergonome et Formateur
Spécialiste en prévention des risques professionnels et organisation du travail
TMS – RPS – QVCT – Usages
Vieillissement et transmission des savoir-faire
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