Outre des causes biomécaniques, les TMS peuvent être liés à l’organisation du travail. En effet, les aléas font que le travail prescrit ne se déroule pas comme prévu. Il s’agit alors de savoir comment l’organisation du travail est ajustée ou non pour réduire les contraintes. En parallèle, il s’agit de regarder comment de nouvelles ressources (matérielles, humaines … ) peuvent être mise à disposition pour réduire les risques de TMS ( https://bdergonomie.com/conseil-en-ergonomie-optimisez-la-sante-au-service-du-travail/ ).
Aujourd’hui, c’est la rencontre avec André, charpentier travaillant en promiscuité. Cet article a été rédigé pendant la crise sanitaire de 2020. Il y sera question du vécu vis-à-vis du travail.
Le fatalisme du charpentier
Le rendez-vous téléphonique est pris avec André. Nous parlerons confinement et reprise d’activité avec les gestes barrières.
Pour André, le confinement est juste un moyen de souffler dans le métier. D’ores et déjà, il dit que les gestes barrières ne se feront pas.
L’entretien est fini. Un silence s’installe mais de part et d’autre, il y a l’envie de parler; Nous allons parler d’autre chose. Nous allons frôler la manière dont il vit son travail.
La promiscuité du travail sur chantier
Sur les chantiers, souvent un des gars fait levier, force et l’autre à côté assure le vissage. Le 1 mètre minimum prescrit dans le cadre de la pandémie de covid 19 sera réduit. Il ne sera que de quelques centimètres maximum.
Les outils se passent sans parole. Chacun sait très bien ce dont l’autre a besoin.
Il n’y aura pas de gants ou alors ils sont déchirés par les échardes de bois. La main va sans arrêt sur le visage, la bouche. On enlève la sciure de la barbe, on feuillette les plans, on y pose le doigt pour montrer à son collègue. Le collègue fait de même à un autre moment.
Donc, s’il y a de « l’attraper ce virus, on l’attrapera parce qu’il n’est pas possible dans ce métier de se tenir à distance ». Sinon, on fait prendre des risques à son collègue.
Le risque santé de ne pas parler : un lien TMS et organisation du travail ?
Peut-être que la plus grosse angoisse n’est pas le virus. Sans doute, que la plus grosse souffrance est de ne pas parler du travail.
Le travail est prévu d’une façon mais il ne se réalise que rarement comme cela sur le chantier. Est-ce de la mauvaise volonté, de l’incompétence ? Cela est-il dû à des d’aléas ou est-ce qu’un savoir-faire s’est développé pour économiser de la matière première ? En parallèle, une volonté de ménager ses efforts ne serait-elle pas en contradiction avec un manque de reconnaissance des habilités développées ?
André se tait. Il ne lui reste plus que 15 ans à tenir. Sa force est de ne jamais avoir mal au dos. Sa fragilité est d’avoir perdu un collègue pour inaptitude.
L’inter-changement s’est malgré tout bien passé et c’est tant mieux. En effet, sur le chantier on y va et on en revient ensemble. La promiscuité des gestes est bien présente. La galère est commune. La réussite est structurante et collective. Mais, même la pause quand elle est prise, comme prendre un temps de repas, est groupale.
Origine multifactorielle des risques de TMS : TMS et organisation du travail ?
Après avoir accepté qu’il y a parfois un gouffre entre le travail prévu théoriquement et ce qui se réalise réellement, il y a une question à se poser sur les facteurs de risque de TMS.
En effet, les TMS sont-ils la résultante de gestes et postures ? Ces troubles seraient sans doute à mettre en lien avec d’autres contraintes. Par exemple, il est difficile d’organiser une tâche sur plusieurs jours et donc d’y réguler ses efforts. Quel coût physique représente le fait de changer le chargement du camion pour aller sur un autre chantier seulement pour une demi-journée ; et de revenir le recharger avec le contenu initial de la veille pour retourner sur le premier chantier.
Au-delà du port de charge et des autres facteurs biomécanique, un des facteurs de risque serait de ne pas pouvoir débattre de la pénibilité ressentie mais aussi sur ce qui fait « le bon boulot » pour chacun (méthodes, marketing, RH, opérateurs …).
Cette absence d’échanges sur les contraintes réciproques empêche donc de construire des compromis.
Cet article est issu de la rubrique : « Cas concrets »
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Benoît Dahéron
Ergonome et Formateur
Spécialiste en prévention des risques professionnels et organisation du travail
TMS – RPS – QVCT – Usages
Vieillissement et transmission des savoir-faire
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