La santé et la sécurité au travail sont des enjeux majeurs pour les organisations modernes. La question d’innover et transformer la sécurité au travail par l’ergonomie de l’activité vient questionner des acquis sur ce thèmes.
Si les politiques traditionnelles s’appuient largement sur des normes, procédures et dispositifs réglementaires, elles peuvent parfois négliger une dimension essentielle. Il s’agit de la réalité de l’activité telle qu’elle est réellement déployée par les travailleurs. C’est dans ce contexte que l’ergonomie de l’activité, notamment à travers les travaux d’Adélaïde Nascimento, propose une lecture renouvelée des dynamiques de sécurité via les concepts de sécurité réglée et de sécurité gérée ( https://theses.fr/2009CNAM0669 ).
La sécurité réglée : un cadre normatif nécessaire, mais insuffisant
La sécurité réglée fait référence à l’ensemble des règles, procédures, équipements de protection et consignes établis a priori pour encadrer l’activité professionnelle. Ces dispositifs cherchent à anticiper les risques. Ils cherchent également à standardiser les comportements en vue d’une maîtrise optimale des dangers.
Cette approche est indispensable pour fixer un socle de sécurité commun à tous. Toutefois, elle trouve ses limites lorsqu’elle se confronte à la variabilité et à la complexité du travail réel.
En effet, aucune procédure ne peut entièrement prévoir les aléas, les contraintes, les adaptations nécessaires face à des situations imprévues ( https://bdergonomie.com/actualites/bdergonomie-travail-reel-ou-travail-prescrit/ ). Une application stricte des règles, sans marge de manœuvre, peut même parfois générer de nouveaux risques ou rendre le travail irréalisable dans les conditions réelles.
La sécurité gérée : l’intelligence du terrain
C’est là qu’intervient le concept de sécurité gérée, central dans l’approche d’Adélaïde Nascimento. En effet, cette forme de sécurité émerge des ajustements opérés par les travailleurs eux-mêmes pour faire face aux écarts entre le travail prescrit et le travail réel. Elle repose donc sur la compétence, l’expérience, la coopération et la capacité à détecter et à corriger les situations à risque avant qu’elles ne dégénèrent.
La sécurité gérée n’est pas formalisée, mais elle est omniprésente dans les gestes, les arbitrages, les régulations implicites des opérateurs. C’est une sécurité vivante, dynamique, souvent invisible des systèmes de gestion mais pourtant cruciale pour éviter les accidents.
L’ergonomie de l’activité : révéler et soutenir la sécurité gérée
L’ergonomie de l’activité vise précisément à rendre visible cette sécurité gérée, à en comprendre les ressorts et à concevoir des environnements de travail qui la soutiennent. En observant le travail réel, en dialoguant avec les professionnels, l’ergonome identifie les zones de tension entre prescrit et réel, et aide à ajuster l’organisation, les outils, les procédures pour qu’elles soient davantage en phase avec les réalités du terrain.
Cette approche permet non seulement de prévenir les risques, mais aussi de renforcer la santé au travail, en reconnaissant le rôle actif des travailleurs dans la régulation de la sécurité. Elle valorise leur expertise tacite et les inscrit comme co-acteurs d’une sécurité durable.
Et donc …
Allier sécurité réglée et sécurité gérée, c’est dépasser une vision normative de la sécurité pour intégrer la complexité du travail réel.
L’ergonomie de l’activité, en révélant les régulations invisibles du quotidien, permet de construire des environnements de travail plus sûrs, plus efficaces et plus respectueux de la santé des professionnels. Rejoignant les travaux d’Adélaïde Nascimento, une politique de sécurité efficace ne peut faire l’économie de l’intelligence du travail réel.
Cet article est issu de la rubrique : « Comprendre l’ergonomie »
#ErgonomiePourTous #VulgarisationErgo #DécryptageTravail
Sources inspirantes
- Amalberti, R. (2001). Conduite des systèmes à risques. PUF
- Amalberti, R. De la gestion des erreurs à la gestion des risques (Dans « Ergonomie » sous la direction de P. Falzon, 2004). PUF
- Daniellou, F. Simard, M. Boissières, I. (2010). Facteurs humains et organisationnels de la sécurité industrielle : un état de l’art. FONCSI 2010-02 ( https://www.foncsi.org/sites/default/files/Publications/Publications_FR/CSI_2010-02_FHOS-etat-art_OK.pdf )
- De Keyser, V. (2002). Qui a peur de l’erreur humaine ? Labor
- Leplat, J. (1997) Erreur humaine et fiabilité humaine dans le travail. A Colin
- Nascimento, A. Cuvelier, L. Mollo, V. Diciocco, A et Falzon, P. Construire la sécurité : du normatif à l’adaptatif. (Dans « Ergonomie constructive » sous la direction de P. Falzon, 2013). PUF
- Nascimento, A. (2013). Sécurité réglée, sécurité gérée : un dialogue entre la norme et l’activité réelle. Communication à la SELF.
- Rocha, R (2014) Du silence organisationnel au développement du débat structuré sur le travail : les effets sur la sécurité et sur l’organisation, Thèse de doctorat
Benoît Dahéron
Ergonome et Formateur
Spécialiste en prévention des risques professionnels et organisation du travail
TMS – RPS – QVCT – Usages
Vieillissement et transmission des savoir-faire
Vendée | Loire-Atlantique | Maine et Loire | Mayenne | Sarthe
Deux-Sèvres | Vienne | Charente Maritime | Charente | Indre et Loire | Morbihan | Ille et Vilaine | Côte d’Armor | Finistère
