Chaque 1er mai, la fête du travail revient comme un moment symbolique. Il y a un hommage aux luttes ouvrières, revendications sociales, mais aussi célébration du rôle central du travail dans nos vies. Pourtant, la célèbre formule « Le travail, c’est la santé » sonne aujourd’hui avec une ambiguïté certaine. Le travail est-il toujours un facteur de développement de la santé ? Ou peut-il devenir source de souffrance ?
En s’intéressant à ce que les personnes font réellement pour accomplir leur travail ( https://bdergonomie.com/actualites/bdergonomie-travail-reel-ou-travail-prescrit/ ), l’ergonomie de l’activité ( https://bdergonomie.com/conseil-en-ergonomie-optimisez-la-sante-au-service-du-travail/ ) permet de mieux comprendre ce lien complexe entre travail et santé.
Le travail prescrit et le travail réel : un écart structurant
Les organisations formalisent le travail sous forme de prescriptions. Il y a des procédures, des fiches de poste, des règles de sécurité, des objectifs de performance … Or, sur le terrain, les situations sont souvent imprévues, les contraintes nombreuses, les ressources limitées. Ce que font réellement les travailleurs — ce qu’on appelle le travail réel — diffère toujours, d’une manière ou d’une autre, de ce qui est prescrit.
Ce « travail d’ajustement », fait de compromis, d’initiatives, d’arbitrages – en fonction des marges de manœuvre disponibles – , est au cœur de la productivité, mais aussi de la santé au travail.
Lorsque ces efforts sont reconnus, soutenus, organisés collectivement, ils peuvent être source de satisfaction, de développement personnel, et donc de santé. Mais lorsqu’ils sont niés, empêchés ou isolés, ils deviennent facteurs d’usure, voire de pathologies.
Le travail comme activité vivante
L’ergonomie de l’activité considère que le travail est une activité située. Elle mobilise le corps, l’intelligence, l’expérience et l’engagement subjectif.
Travailler, ce n’est pas juste appliquer des consignes. Travailler, c’est comprendre, s’adapter, coopérer, réguler. C’est aussi faire face à des dilemmes entre qualité, sécurité, temps, et valeurs personnelles.
En ce sens, le travail peut être développemental au niveau de la santé, si :
- Des marges de manœuvre existent pour permettre aux personnes de réguler leur activité ;
- Le dialogue sur le travail est possible, pour que les régulations individuelles deviennent collectives, visibles, et intégrées dans l’organisation.
Redonner du sens au 1er mai : reconnaître le travail réel
À l’occasion du 1er mai, il est essentiel de rappeler que le travail n’est pas une simple contrainte ou un risque à éviter. Il est aussi une source de construction de soi, de lien social, d’utilité. Mais cela suppose que le travail soit vivable, discuté, reconnu. C’est ce que nous apprend l’approche ergonomique : la santé ne se décrète pas, elle se construit dans et par l’activité.
Ainsi, loin de l’opposition entre « travail aliénant » et « travail libérateur », une perspective centrée sur le travail réel invite à poser une autre question : dans quelles conditions le travail peut-il contribuer à la santé ?
Cela invite à mettre à distance une certaine étymologie « tripalium » lissant voir la souffrance au travail comme une fatalité ( https://www.penserletravailautrement.fr/mf/2016/09/tripalium.html) ) puisque c’est par le travail que s’organise notre espèce pour vivre. Il « n’est donc pas un problème en soi, mais une solution. Ce qui est un problème, c’est la manière dont il est concrètement conçu, par qui et à quelle fin » (https://www.penserletravailautrement.fr/mf/2016/09/tripalium.html)
Cet article est issu de la rubrique : « Comprendre l’ergonomie »
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Sources inspirantes
- Clot, Y. (2008). Le travail sans l’homme ? Pour une psychologie des milieux de travail et de vie. La Découverte
- Dejours, C. (2008). Travail, usure mentale : De la psychopathologie à la psychodynamique du travail. Bayard
- Durant, JP. Baszanger, I. Dejours, C ; (2000). Souffrance en France. La banalisation de l’injustice sociale”, Sociologie du travail, Vol. 42 – n° 2 | 2000, 313-340.
- Falzon, P. (2004). Ergonomie (sous la direction), PUF
- Rabardel, P. (1995). Les hommes et les technologies : Approche cognitive des instruments contemporains. Armand Colin.
Benoît Dahéron
Ergonome et Formateur
Spécialiste en prévention des risques professionnels et organisation du travail
TMS – RPS – QVCT – Usages
Vieillissement et transmission des savoir-faire
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